N'y a-t-il pas de quoi rêver devant tant de grands noms réunis dans un seul film ? Et lorsqu'on est à peine chauvin, n'y a-t-il pas de quoi se précipiter dans les salles obscures à la seule connaissance du titre "Paris je t'aime" ? Paris et l'Amûûûûr unis pour le meilleur... et pour le pire. Of course, il est bien évident qu'il est impossible de réaliser 18 chef-d'oeuvres sur commande ! Alors certains courts font office d'erreurs de parcours : trois d'entre eux font l'ouverture si bien qu'il est difficile d'immerger dans un film dont la continuité nous échappe encore. Et puis les frères Coen posent leur film, simplement, dignement et font naître les premiers sentiments : le rire. La palette d'émotions s'élargit, petit à petit, les registres, les styles, les histoires varient mais n'ont que le plaisir d'aimer à nous apporter, aimer un homme, une femme, un fils, une créature... une ville. "Paris je t'aime", guide touristique ? Absolument pas, bien que chaque court s'ouvre sur un cliché du quartier, transition agréable, mais inutile. C'est d'ailleurs de ces images d'union dont on aurait pu se passer : l'ouverture et la fermeture cherchent à créer une sorte d'harmonie romantique mais n'ont que l'effet d'une bande-annonce télévisée. Il aurait suffit de laisser la parole aux réalisateurs...
MONTMARTRE **
Tâches ardues que se voit confiées Bruno Podalydès - ouvrir le film et filmer le quartier le plus touristique de Paris, et déjà sublimé par Jeunet... Contre toute attente, il se perd dans des rues inconnues pour chercher une place (galère que tout bon chauffeur parisien connaît) et par hasard rencontre l'amour. Simplicité est le mot qui sonne juste pour parler de ce court, ni mauvais, ni tout à fait marquant : est-ce parce que le spectateur n'est pas encore entré dans Paris ?
QUAIS DE SEINE *
Simplet et moralisateur, voici un court-métrage 100% ado ! Un petit jeune (trèèès mignon, sauf les boutons, hihihi !), ange parmi ses diables de copains, tombe amoureux d'une jolie musulmane portant le voile ; pseudo "choc des cultures" qui tourne au discours rabâché de la jeune fille sur son choix de porter le voile. Bien sûr, en ces temps de racisme et bla bla bla, cette petite mise au point est fort utile, mais tellement peu naturelle que le message ne passe pas. Très mimi, trop facile.
LE MARAIS *
De l'amour ! On veut de l'amour ! Mais on aurait beau le chercher, on aurait du mal à le trouver dans le court de Van Sant. Décor et dialogues tristounets laissent une impression bien fade malgré la bonne prestation de Gaspard Ulliel...
TUILERIES ****
Voici le tournant du film, le premier rayon d'émotion qui nous illumine : c'est l'hilarité qui nous gagne. Steve Buscemi et sa gueule débarquent dans la station "Amélienne" des Tuileries et, en bon touriste terrorisé, se fait agresser sans avoir rien demandé. La caméra cherche les angles et les moindres recoins du visage de l'acteur et nous régale du moindre dialogue, du moindre geste... Bref, ça sent la maîtrise à plein nez.
LOIN DU 16e ***
Changement immédiat de registre avec le seul court-métrage qui sorte de Paris. Walter Salles filme... le métro. Ouah ! Que c'est excitant ! Bien sûr que derrière ce voyage dans les transports, il y a beaucoup plus ; c'est d'abord l'expression d'une routine quotidienne, solitaire et silencieuse, lot de nombres de banlieusards ; et c'est surtout l'histoire d'une jeune mère, immigrée, contrainte de laisser son fils dans une garderie glauque avant d'aller s'occuper d'un autre petit homme. La même chanson berce les deux bambins, mais le regard de la magnifique Catalina Sandino Moreno change, l'amour y brille ou s'évanouit.
PORTE DE CHOISY *
Les intellos crieront au génie "on ne comprend rien, c'est merveilleux !", mais il y a de quoi s'enfuir : ce ne sont heureusement que quelques minutes de perplexité, et c'est là qu'on découvre tout l'avantage d'un film collectif : les grands plaisirs sont courts (les blagues les plus courtes sont les meilleures) mais les tortures ne sont qu'un mauvais moment à passer ! "Porte de Choisy" en est une ; de l'amour ? Non ! Un bordel tarabiscoté et incompréhensible.
BASTILLE ***
Le manteau rouge de l'affiche, c'est elle ! C'est l'émouvante Miranda Richardson qui forme le couple du court d'Isabel Coixet avec Sergio Castellito ; celui-ci nous parle, nous interpelle avec son histoire touchante, même si elle n'est pas racontée avec une grande subtilité. Le récit est un chouïa trop explicatif mais convainc par sa sensibilité.
PLACE DES VICTOIRES ***
Le court de Nobuhiro Suwa nous apporte les premières larmes de ce "Paris, je t'aime"... ou bien les premiers bâillements... Intello jusqu'au bout des doigts, lent et métaphorique, il se dégage pourtant une véritable émotion de cette photographie sombre et du regard de Juliette Binoche ; et est-ce parce qu'il s'agit de Martin Combes – l'émouvant bambin de "Papa" - que la gorge se serre plus fort ? On oubliera, rien que pour cela, la bondieuserie finale.
TOUR EIFFEL ****
La contrainte du cahier des charges de "Paris je t'aime" a plus que réussi au réalisateur Sylvain Chomet, le fou des "Triplettes de Belleville" : obligé de tourner en prises de vues réelles, il se plie à l'urbanisme et au tourisme du quartier, mais ajoute sa petite touche d'originalité, de poésie, d'humour... PARFAIT. "Tour Eiffel" est un petit bijou et laisse présager le meilleur pour la suite...
Et la suite, vous l'aurez plus tard ! Je me dépêche de mettre en ligne cet article avant de voler vers l'Irlande (deux semaines sans cinéma, snif !) et j'espère faire un retour tonitruant !
Et bien sûr, je vais vous poser les questions de rigueur : quels sont vos courts (3 maximum), vos réalisateurs et vos acteurs préférés ? Partant pour un nouveau film sur le même concept ? Why not ?