TRASHakstan !

TRASHakstan !
Dans le lot des comiques anglophones, il semble y avoir un mot d'ordre : extrême. Sacha Baron Cohen répond à la règle et même bien plus. Borat est une bombe de provocation, à tel point que cynisme n'est qu'un faible mot pour exprimer la multiplication des paroles déplacées, racistes, homophobes, misogynes et on en passe... Faisons tout d'abord les présentations : qui est Borat ? Un personnage bâti de clichés que Sacha Baron Cohen a créé pour la télévision britannique (bien que l'humour soit plus US que Grand Briton), soit un journaliste reporter kazakh chargé d'aller explorer les Etats-Unis, ce vénéré modèle, pour comprendre ce qui fait que, décidément, l'oncle Sam est le meilleur. Résultat : on assiste à un lâcher de bêtes au pays puritain, des bêtes pas forcément habillées... Cet humour trashissime pourra en rebuter plus d'un, mais le film provoque d'une manière générale une vague d'hilarité dans la salle. Et pour cause, non seulement Sacha Baron Cohen multiplie les gags de plus ou moins bon goût, mais surtout, il met une claque à chacun des autochtones qu'il croise sur son chemin par ses manières non civilisées. On rit des gens qui refusent de faire la bise à Borat – imaginez, un inconnu, comme ça, dans la rue – des bourgeois qui mettent le kazakh à la porte pour avoir ramené une "prostitute"... Chacune des facettes de notre monde occidental - soi-disant civilisé - se trouve ridiculisée par ce sauvage de Borat ! Un éléphant dans un magasin de porcelaine de pacotille... La satire vient de là : Borat nous tend un miroir déformant et nous fait rire de nous-mêmes ! Reste à se demander si c'est du cinéma... Si la méthode Jackass se met à contaminer le cinéma, peut-on crier à la mort de l'art ? D'autant qu'il est difficile de faire la part des choses entre les scènes véritablement scénarisées et les surprises sur prises. Alors, Borat a-t-il sa place au cinéma ?

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# Posté le mercredi 27 décembre 2006 08:07

L'homme de sa vie

L'homme de sa vie
Dans le cinéma français, tout le monde prétend faire de l'ÂÂÂrt sans jamais oser l'esthétisme poussé et à la limite de la gratuité (qu'y a-til de mal là-dedans ?). De rares exceptions viennent illuminer l'écran de temps à autres (qu'était-ce qu'Amélie Poulain sinon d'ébord un travail des couleurs minutieux et délicieux ?) et "l'homme de sa vie" est de celles-là. Bien plus encore, la forme vient servir le fond : l'histoire se trouve sublimée par un esthétisme appuyé mais significatif. A fleur de peau, Zabou mulitplie les innovations visuelles peut-être un brin illustratives, mais qui participent à l'émotion juste ce qu'il faut démonstrative. Le spectateur, en plus de prendre une véritable claque, est totalement pris à partie : chaque personnage nous fait partager sa vision du monde, leurs yeux deviennent les nôtres... d'autant qu'à de nombreuses reprises, Zabou nous abandonne au gré d'un plan vide de vie humaine que recouvrent des murmures, des paroles : l'action est hors champ, à nous d'imaginer... Chacun voit alors un film différent en comblant ce que la réalisatrice laisse en suspens ; merci Zabou Breitman de nous donner un rôles dans un si beau film. Mais c'est peut-être bien pour cela qu'il est si beau !
A regretter malgré tout que le film glisse vers l'abstraction, voire vers l'intellectualisation (sans prétention, car Zabou est à des années lumière de "l'élite française"!), égratignant la fébrilité des émotions... Mais Zabou atteint plus d'une fois l'état de grâce ; oui, c'est de l'Art ! Un hymne à l'amour, à la nature, à la beauté et au cinéma ! "L'homme de sa vie" s'appelle chef-d'oeuvre ? Pas loin...

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Critique publiée de le journal du lycée "le nouvel Oups", en lui souhaitant un heureux avenir...
# Posté le jeudi 14 décembre 2006 13:36

Les gens du Nord ont dans le coeur...

Les gens du Nord ont dans le coeur...
"Tu vois, c'est pas très intéressant" dit Barbe. Ah bah ça ! C'est le moins qu'on puisse dire ! C'est même "très très pas intéressant du tout", pour reprendre le niveau des dialogues !
Alors, c'est ça le Grand Prix du festival de Cannes ? Le véritable label qualitatif depuis que la palme d'or a tourné politique ? ça ? Cet objet qui pète plus haut que son cul ? Ah pardon ! Bruno Dumont, son réalisateur, ne prétend pas faire un cinéma intellectuel... on se demande donc ce qu'est "Flandres"! Non voyons, affirme-t-il, "Flandres" privilégie la sensation. Ah... si on suit le raisonnement, c'est pour cela que le film tend à l'épure, occultant les artifices cinématographiques et scénaristiques autant que possible. Ah oui, l'intention est noble et séduisante, malheureusement, la seule sensation qui persiste en pratique - puissante comme sensation - c'est l'ennui, et pur,ah ça oui ! L'ironie du sort, c'est qu'il faut passer par l'intellectualisation poussée pour apprécier et surmonter les paupières lourdes. On ne peut même pas au moins souligner la qualité de la musique (critère tout ce qu'il y a de plus artificiel, on vous l'accorde), il n'y en a pas, dans la logique de l'intention de départ. Quant aux acteurs, ils sont faux et inintelligibles, mais certes courageux !
Il n'y a plus qu'à saluer la démarche TROP aboutie de Bruno Dumont, intello qui s'ignore. Cannes est-il en perdition ?

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"les gens du Nord ont dans le coeur le soleil qu'il n'ont pas dehors" (air connu)
AH BON ?!



"J'y connais rien en cinéma" ? Pitêtre, mais j'ai au moins l'amour de l'art, et je déteste descendre pour le "fûn".
# Posté le jeudi 14 décembre 2006 13:14
Modifié le mardi 12 juin 2007 14:49

Des "Coeurs" en Hiver

Des "Coeurs" en Hiver
Nous sommes seuls, nous sommes des coeurs qui recherchent vainement ceux des autres... tel est le constat noir que Alain Resnais fait, avec son nouveau film, de l'humain en général. Ses personnages, qui se croisent plus ou moins selon le hasard, paraissent tous dans le besoin de combler un vide : que ce soit Isabelle Carré qui cherche un homme dans les petites annonces, ou André Dussollier qui patauge dans une relation ambigue (et donc toute en secrets et sous-entendus) avec Sabine Azéma, que ce soit Laura Morante qui tente d'entretenir son couple déjà mort avec Lambert Wilson, ou encore Pierre Arditi qui, vivant seul avec un père gâteux, porte le poids du silence et de la retenue de trop de chagrins... tous appellent à l'aide. Aide qu'ils ne peuvent recevoir de leurs parents, dont l'absence se fait ressentir comme une présence, un fardeau ; à l'écran, on ne les voit jamais, mentionnés seulement ou hors champ (Claude Rich). Les personnages sont ainsi d'autant plus seuls.
Mélo tout ça ? Cela pourrait l'être, s'il n'y avait la mise en scène d'Alain Resnais. Bien qu'il n'évite pas parfois les procédés lourds et les quelques erreurs de directions d'acteurs, il choisit une mise en scène qui se veut sobre sans pour autant négliger la recherche (pas au sens masturbatoire de l'élite française !). Ainsi, on retiendra surtout les dernières images, à la fois symboliques et émouvantes, illustrant notre solitude pesante : nous sommes seuls en scènes, dans la lumière. Selon les personnages, cette lumière est ressentie différemment. Pour les uns, elle met l'accent sur l'ombre, pour d'autres, c'est la lumière de Dieu (la religion, un remède à la solitude ?)... A chacun son vécu dans la même solitude.
On ressort de ce film le coeur chaud et glacé à la fois, affectés par un portrait si pessimiste, à peine nuancé par des touches d'espoir, la lumière.

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En espérant ne pas avoir fait de contresens. On ne sait jamais, vu que de nos jours, c'est le règne de la connerie... et que je ne sais toujours pas dans quel camp je me situe ! Indulgence, please...

Mention spéciale à Arditi, roi de l'émotion retenue prête à exploser. L'état de grâce...
# Posté le jeudi 14 décembre 2006 12:53

Bernal nage en plein rêve

Bernal nage en plein rêve
"- (Mon premier vers) Je l'ai fait en rêve. Au réveil, j'avais oublié.
- Il fallait vite l'écrire.
- C'est bien ce que je me suis dit. Je l'ai même écrit beaucoup trop vite... Je l'ai écrit en rêve."



Ce dialogue du "Ondine" de Gireaudoux est une coïncidence fabuleuse avec la dernière fantasmagorie de Gondry ! Il illustre avec humour la frontière ténue entre le rêve et la réalité que l'art cinématographique d'un génie tel que Michel Gondry parvient à saisir avec "la science des rêves". Son cinéma de bric et de brac est aussi minutieux qu'il paraît bordélique, tout simplement parce que c'est son cerveau, ses histoires, sa propre complexité qu'il porte à l'écran... alors forcément, le cinéaste sait par-dessus tout comment être fidèle à lui-même ! C'est cette sensibilité personnelle qu'il manquait à "Eternal Sunshine of the spotless mind", à cause de Charlie Kaufman. A cause ? S'il apparaît que le scénariste restreignait la liberté du réalisateur, on comprend vite qu'il l'aidait aussi à structurer sa folie créatrice, apportant en plus une réflexion sur l'amour et le temps, une prétention à l'universel qu'il manque dans "La science des rêves". Ici, il se livre presque sans concession, avec une émotion palpable nullement altérée par la richesse de l'image et la complexité du montage. Stéphane nous est présenté comme un enfant qui se heurte trop peu à la réalité, parti dans la monde des rêves, monde qui nourrit son quotidien au point qu'il se comporte rarement en adulte : voilà donc un portrait qui se veut lucide et nuancé... et très touchant, comme un enfant cherchant à séduire les adultes. Qui dit autobiographie dit autocitation : Gondry, bien qu'il n'ait que trois films à son actif, a eu le temps de se forger un univers à travers le royaume du clip et de perfectionner sa technique ; on le voit bien, la maîtrise est absolue. Son cinéma est un foisonnement visuel en perpétuel mouvement, riche en trouvailles aussi techniques que poétiques, de l'eau en papier cellophane à la ville en carton. Et quel délice que cette image qui tremble en plein rêve, que cette image qui semble flottante et ce son qui vient d'ailleurs, comme si Gondry plongeait dans notre sommeil : le rêve, dans son inconstance, son malaise, son mystère, est mis en images, lumineux et fou ; oubliés les cinéastes qui font du rêve une torture cérébrale et inquiétante ! Michel Gondry est un de ces rêveurs assumés qui font le bonheur du cinéma.
Et bien sûr, le génie ne serait rien sans une excellente direction d'acteurs ; Bernal, Gainsbourg et Chabat ont évidemment le talent dans le sang, mais cela suffit-il lorsque l'univers est si marqué et atypique ? Gondry a tout compris et guide son casting selon son c½ur, et ne les laisse pas en perdition dans son monde : Gaël Garcia Bernal rayonne, Alain Chabat ajoute un film/rôle culte à sa filmographie déjà remplie et Charlotte Gainsbourg joue tout en sobriété et naturel. On vous l'a dit, "La science des rêves" sent le génie à plein nez.

On nage en plein rêve !

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# Posté le mercredi 20 septembre 2006 09:43
Modifié le mardi 12 juin 2007 14:49