Un ticket pour l'espace

Un ticket pour l'espace
3 raisons d'aller voir le nouveau film d'Eric Lartigau "Un ticket pour l'espace":

1) Le dindon Alienesque.

2) Les longs speechs de Kad et André Dussollier, et d'une manière générale les acteurs qui y croient sans failles.

3) Le scénario, plein de surprises, toutes aussi tarées les unes que les autres.

Bémols :

- Certains gags tombent à l'eau.

- La référence à Armageddon est éculée, est-elle si inévitable que cela dans un film parodique ?

- Le sentimentalisme amorcé de-ci de-là fait tâche. S'il a une quelconque intention parodique, c'est raté.

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# Posté le mardi 24 janvier 2006 08:45

King Kong

King Kong

Il n'y avait que Peter Jackson pour nous passionner pendant trois heures pour - vulgairement - une histoire de gros singe ! Il n'y avait que lui pour nous offrir une fresque aussi foisonnante et maîtrisée tant sur le plan technique que narratif. Son "gros singe" est un sommet à côté duquel Gollum fait brouillon. Grâce à Andy Serkis, Kong existe aussi bien physiquement que émotionnellement, c'est "beautiful"! Son regard vous arrachera quelques frissons, si ce n'est quelques larmes.
Et pourtant, le pari d'un remake du célébrissime "King Kong" était risqué au moins autant que "Titanic" : tout le monde connaît la fin et en est blasé d'avance. il faut donc réussir à remplir intelligemment les 3/4 du film de façon à amener subtilement le final, qu'il soit plus ou moins magistral. Jackson réussit et gagne son pari : celui de nous scotcher à notre siège pendant trois heures haletantes, entre puissance et intimité, entre monstres et romantisme. Ainsi, il nous offre de véritables moments de magie pure, en témoigne cette scène où Kong tombe amoureux de la belle et de ses acrobaties ; il rit de façon si touchante que le rire de la salle s'accompagne de frissons. A côté de cela, on assiste à d'impressionnantes courses ou batailles de dinosaures, à des luttes contre des bites géantes dont la bouche baveuse rappelle fortement "Alien" et à des affrontements humains-bestioles à pattes multiples et mouvantes, qui n'en finissent pas. Et le plus drôle dans tout ça, c'est que les petites bébêtes sont plus effrayantes que les grosses !!! Elles pullulent tant que les personnages ne se sortent jamais du pétrin, c'est épuisant ! Voilà donc ce que l'on pourrait reprocher à Peter Jackson : son amour pour la série B, se traduisant ici par une orgie de monstres tous plus ou moins terrifiants qui deviennent pesants à la longue. Qu'importe ? A près tout, ça faisait tellement longtemps que l'on n'avait pas dépoussiéré nos vieux mythes du cinéma d'antan avec autant de respect et d'admiration. Peter Jackson est fan et nous le fait sentir, loin d'un remake commercial à "la planète des singes" : "King Kong", c'est du lourd.
A regretter qu'avec sa première partie à New York et sur le bateau, Peter Jackson tombe parfois dans la facilité où violons et grands sentiments ne font pas bon ménage, ni travellings avant et phrases solennelles par ailleurs. Fort heureusement, les violons s'adaptent et ne font plus que renforcer l'émotion eu fur et à mesure pour nous amener au final éblouissant et tenant toutes ses promesses. Un véritable hommage.




"It's the beauty that killed the beast."
>> Jack Black




Les acteurs :

Si fond vert il y a, cela ne se ressent en rien sur le jeu des acteurs, tous formidables, sans exception notable.

- Naomi Watts : c'est une grande actrice, et en douter serait blasphématoire. Seulement voilà, question de goût, je n'aime pas. Son jeu à la Nicole Kidman, la bouche sensuellement entrouverte et le souffle au bout des lèvres a le don de m'agacer. Pire encore, elle a les larmes faciles... et elle est blonde !!! Cependant, et c'est incontestable, sa performance est extraordinaire. Le risque aurait été de jouer la cruche pseudo-artiste, la blonde pure et dure comme c'était le cas dans le remake de 1976 (paroles rapportées, je n'ai pas vu le film), eh bien non ! J'ai même beaucoup aimé cet hommage au cinéma des années trente et leur jeu un peu faux et propre qu'elle a su très bien honorer.

- Adrien Brody : lui aussi est un grand acteur, c'est indéniable. Je l'adore. Pourtant, il a toujours le même jeu, un peu névrosé, la larme à l'oeil et la bouche pincée. Mais son regard... ouah ! Ici, son personnage est complètement différent des héros du "pianiste" et de "the jacket", romantique et héroïque, l'écrivain rêveur traditionnel auquel il ajoute sa touche personnelle.

- Jack Black : une découverte. Sa prestation du réalisateur fou, incarnation de Peter Jackson, est absolument excellente bien qu'on puisse lui reprocher de pousser le trait jusqu'à la caricature. La passion rend fou, c'est évident !

- Andy Serkis : comme pour Gollum, l'acteur est peu visible à l'écran. Il interprète le cuistot et bien sûr Kong ; on lui doit tous ces petits gestes et expressions réalistes, touchants. Ca mérite un Oscar. Mais difficile de récompenser un acteur intégralement en images de synthèse à l'écran... J'attends donc impatiemment son émancipation, il le mérite.

- Jamie Bell : je ne savais pas qu'il jouait dans le film. Quand je l'ai reconnu, un sourire est béatement apparu sur mes lèvres. Mon amour de Jamie Bell ! Mon éternel Billy Elliot ! (Pardon, je m'emporte !) Il est vraiment très doué et nous le prouve ici bien que son rôle ne soit pas le plus intéressant, étant relativement cliché. Un petit clin d'oeil à son talent de danseur s'est glissé dans le film...

- Thomas Kretschmann : THE héros qui arrive au bon moment pour sauver l'équipe des grosses bestioles ! Son personnage n'est pas non plus très remarquable, en revanche, l'acteur l'est. Me doit-il ce compliment grâce à sa belle gueule ? En partie, je ne vais pas m'en cacher. Il n'en reste pas moins un bon acteur, à suivre de près, qui a trouvé son meilleur rôle avec Polanski dans "le pianiste".


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# Posté le samedi 21 janvier 2006 11:08
Modifié le samedi 21 janvier 2006 11:20

6 raisons pour aller voir un film en VO

6 raisons pour aller voir un film en VO
Ah ! La VO, si impopulaire, si inutile ! "Je ne peux pas me concentrer sur les images", "pourquoi faire ?"... telles sont les remarques récurrentes qui me sont opposées lorsque je tente - souvent en vain - de motiver quelqu'un à préférer la version originale. Certes, tout le monde n'est pas adorateur des langues étrangères... et alors ???










1) Version ORIGINALE, ça veut bien dire ce que ça veut dire : la VO permet la plus grande authenticité possible. Juger de la prestation d'un acteur n'est-elle pas facilitée par la voix ?

2) Vous allez pouvoir travailler votre anglais, espagnol, etc... bref vos langues étrangères : ça ouvre votre esprit, na!

3) En cas de VF pourrie, une partie du film est gâchée. Par exemple, la VF de "Arizona Dream" est affreuse et l'oncle m'a arraché les tympans de sa voix cloonesque. Ou encore, imaginez un film asiatique en français, c'est beuark!

4) Vous ne vous direz plus : "Ah! Mais c'est la voix de Untel !" et ainsi vous n'allez plus voir Untel à la place de Bidule.

5) Vous allez pouvoir entendre les différents accents ou des phrases en français si étranges au milieu d'une autre langue. Voir "Casablanca" en VF, c'est un sacrilège !

6) Et bien sûr, plus que tout, la VO est IN-DIS-PEN-SABLE pour les comédies musicales. Deux choix pour la VF : soit, ils traduisent tout, soit ils ne traduisent pas les chansons et la différence VO-VF se fait cruellement sentir...

Et comme d'habitude, je vous invite à trouver d'autres raisons...


PS : la photo n'a rien à voir, juste que je viens de voir le chef d'oeuvre ultime de Burton, and I'm in love !
# Posté le mercredi 18 janvier 2006 15:40

Jean-Pierre Jeunet

Jean-Pierre Jeunet
La problématique est toujours la même : pourquoi Jean-Pierre Jeunet est-il MON meilleur réalisateur français ?

De tous les témoignages des acteurs ayant tourné avec Jeunet, une chose revient couramment : le génie est un acharné du travail, un perfectionniste, un amoureux des détails. D'où la quasi perfection de ses trois derniers films français. L'univers Jeunet, c'est un univers riche, rempli de beautés et de gueules, foisonnement de personnages fous et attachants, soignés jusque dans leurs petits travers, tous aussi amusants qu'originaux. L'univers Jeunet, c'est de la folie.

Tous les artistes sont des rêveurs. Cependant, bizarrement, les réalisateurs ne montrent pas toujours cet aspect-là, crachant souvent la réalité sur pellicule dans sa plus grande monstruosité (on pense aux frères Dardenne, à Costa-Gavras...). Jean-Pierre Jeunet, lui, ne s'en cache pas : c'est un rêveur. Il est poète, virtuose aussi, mais avec une modestie naturelle, il ne s'en vante pas. Peut-être est-ce sa folie du travail forcené qui le pousse à ne jamais se satisfaire de son oeuvre, de son chef-d'oeuvre. Car il s'agit bien là de chefs-d'oeuvre. Le succès d'Amélie Poulain n'est pas un énième engouement annuel pour un navet, ne méprisons pas les succès.
Amélie Poulain, c'est d'abord une histoire d'amour sans violons, une histoire entre deux personnes atypiques et attachantes parce qu'au fond, proches d'une partie de nous-mêmes. C'est l'histoire de deux personnes qui préfèrent se compliquer la vie de peur qu'elle soit trop simple. On retrouve là une des clefs de l'univers Jeunet, on touche là au coeur de sa poésie. Prenons pour exemple une de ces innombrables petites séquences magiques de « la cité des enfants perdus ». Pour entrer dans une porte fermée à clef, la petite Miette utilise une méthode inédite : elle fait d'abord banalement tomber la clé de l'autre côté, puis râpe un peu de fromage sur le plancher qu'elle fait passer par l'interstice de la porte avec un soufflet ; elle ouvre la grille d'aération et y glisse une souris à laquelle est accroché un aimant qui ne tarde pas à attirer la clé lorsque la gourmande se précipite sur les miettes de fromage ; une nouvelle grille d'aération s'ouvre par laquelle est jeté un chat noir, effrayant la petite souris qui s'enfuit et revient au point de départ... Quoi de plus compliqué pour une petite clé ? Quoi de plus poétique pour une chose aussi banale ? Jeunet, le poète.

Le cinéma de Jeunet se caractérise également par une esthétisation systématique : ses films sont de petits bijoux picturaux. Rien d'étonnant là-dedans puisqu'il a collaboré à ses débuts avec le dessinateur Marc Caro et le spécialiste des effets spéciaux Pitof (qui l'est moins en réalisation !). D'ailleurs, après sa "rupture" avec Caro, son cinéma a pris une autre tournure, plus réaliste peut-être, mais surtout plus poétique et émouvante que jamais. Désormais, il collabore avec l'esthète de génie qu'est Bruno Delbonnel, qui a déjà reçu 2 césars. Deux mots d'ordre : orange et vert. On pourrait s'interroger sur la signification de ces deux couleurs ; ne sont-elles que des marques du fétichisme de Jeunet ou vont-elles bien au-delà ? Les teintes orangées sont celles du soleil ou de l'intimité, du feu ou de folklore ; le vert est la couleur de la nature, bien sûr, mais n'est jamais utilisé comme tel, il serait plutôt une manière de traduire une atmosphère, tantôt mystérieuse, tantôt morbide, rarement joviale. Cette couleur est particulièrement significative dans "un long dimanche de fiançailles" où elle participe à l'esthétisme comme à l'horreur du front. Voilà donc la perception de Jeunet : pourquoi le cinéma devrait-il se priver de ces belles images puisque non seulement elles délectent le spectateur, mais en plus elles ajoutent à l'émotion toute sa subtilité ?
L'émotion justement est un domaine dans lequel Jeunet excelle. Il est l'antithèse de Lars Von Trier et le revendique : l'émotion facile, les larmes à tout va, ce n'est pas pour lui. La question s'est particulièrement posée pour "un long dimanche de fiançailles", défi gigantesque qui demandait un travail particulier sur la sensibilité pour ne pas faire sombrer le film dans le mélodrame violoneux ou démonstratif. Jeunet ne s'est pas trompé : il a filmé la guerre avec une beauté et une horreur bouleversantes ; en marquant le scénario de ses petites originalités habituelles, infiniment poétiques, il a donné toute sa sensibilité magique à Mathilde et Manech. Avec "Un long dimanche de fiançailles", Jeunet réalise son rêve, un chef-d'oeuvre, un film riche en tous points... son meilleur ? Peut-être. Le souci, c'est que le génie ne fait pas dans l'éclectisme et ne change pas ses habitudes de rêveur, ce qui entraîne une vague de réactions mitigées du genre "Jeunet fait du Jeunet", "Amélie bis", etc. Mais pourquoi bouder son plaisir ? Si Jeunet se mettait à réaliser un film d'une brutalité douloureuse, sans artifices, sans poésie et autres petites folies, ne le dédaignerions-nous pas ? "Un long dimanche..." n'est pas la répétition de ce qui a fait son succès, c'est la confirmation d'un style à part du cinéma français. Mathilde, c'est l'Amélie de la douleur.

Jean-Pierre Jeunet est aussi un cinéaste fidèle. "On ne change pas une équipe qui gagne", telle semble être sa devise. En effet, que ce soit devant ou derrière la caméra, Jeunet aime s'entourer d'une équipe en qui il a confiance, avec qui il a déjà travaillé de préférence. Sa plus célèbre collaboration est une des plus transcendantes : son Amélie de toujours, sa Mathilde rêvée, la quittera-t-il un jour ? Espérons que non, car c'est avec Audrey Tautou qu'il s'assure non seulement le succès au box-office mais surtout qu'il signe sa plus touchante direction d'acteurs (avec Marion Cotillard, en état de grâce dans ULDDF). Notons aussi parmi ses autres fidèles Dominique Pinon, Rufus, Jean-Claude Dreyfus... autant de "gueules" qui se font trop rares dans le paysage cinématographique français. Car Jeunet aime les "gueules", autant qu'il aime le visage raffiné de Audrey Tautou. C'est donc par ces gros plans à effet loupe qu'il les filme, s'attardant sur la moindre imperfection - une ride, une goutte de sueur, un tic - ce qui enlève tout sentiment fadasse de film lisse, léché ou artificiel. Les gens ne sont jamais parfaits, ses films le sont... presque (objectivité oblige).

Ma séquence préférée ? Le plus beau moment de tous, l'apothéose de "Amélie Poulain", la scène où Nino et Amélie s'embrassent. Là encore, Jeunet a cherché à faire compliqué alors qu'il aurait pu se contenter de réunir ses deux amants pour un long baiser, ce qui aurait à n'en pas douter gâché toute la beauté de cet amour de folie. Un long silence, moment suspendu. Un bisou sur le front, un bisou dans le cou, un bisou sur la joue, dont la sensualité va crescendo. Nino fait de même. Pas un mot ne vient briser le silence. Et quand tout s'enflamme, Jeunet se concentre sur un contre-jour, puis sur un écran, pour ne pas tomber dans la scène de sexe banale ou vulgaire désormais obligatoire dans tout film. Non, par pudeur, Jeunet préfère les intermédiaires, il cherche toujours le moyen de filmer l'amour avec originalité, soit avec tendresse et poésie, soit avec humour et outrance. Pudique, Jeunet l'est autant avec l'amour qu'avec l'émotion ; de là naissent des chefs-d'oeuvre.


PS : j'ai écrit cet article en n'ayant vu que "la cité des enfants perdus", "le fabuleux destin d'Amélie Poulain" et "un long dimanche de fiançailles"...


Objections ou confirmations, je suis toute ouïe...
# Posté le dimanche 15 janvier 2006 17:03

Gentille

Gentille
Pourquoi "Gentille" est-il le n°1 des flops ?

L'histoire :
Fontaine Leglou a tout pour être heureuse : anesthésiste appréciée, vivant avec Michel, fou amoureux d'elle, elle peut même se payer le luxe de quelques amants. Cependant, Fontaine semble hésitante et maladroite face au bonheur et le jour où Michel la demande en mariage, elle tarde à donner sa réponse...

"Je suis gastro...entérologue... pas très sexy..."
>> Lambert Wilson

De toute évidence, le titre du nouveua film de Sophie Fillières est un euphémisme : comprenez donc "niaise" plutôt que "gentille". Fontaine Leglou est ce personnage nigaud et creux dont les aventures pourraient au moins faire rire, eh bien non ! Ce n'est pas en allant voir cette prétendue comédie Arte que vous allez creuser vos fossettes ; le visage détendu, vous allez pouvoir DORMIR. N'ayons pas peur des mots : c'est un navet, un film qui ne sert à rien, même pas à rire, rien.
Ca commençait pourtant bien : le sigle Arte, annonciateur à la fois de bon film et d'ennui, apparaît et Fontaine Leglou entre en scène dans une première petite séquence piquante et drôle. Ouf ! Arte a bien sponsorisé cette fois-ci ! se dit-on alors. A tort. Le reste n'est qu'une succession de scènes pas drôles, convenues (la bague dans le yaourt récupérée à l'autre bout du système digestif) et gratuites (des nus vraiment inutiles). Le tout filmé avec une mollesse soi-disant "intello" qui se ressent sur le jeu des acteurs : chacun offre une piètre prestation. Emmanuelle Devos sait très bien faire la gourde, ce qui n'est pas à prendre ici pour un compliment ; Lambert Wilson a trop peu d'occasions de retrouver son énergie comique de "Palais royal!" et Bruno Todeschini s'est trompé de registre en déprimant le spectateur plutôt qu'en le faisant rire. Même le génial Michael Lonsdale, délicieux dans "le parfum de la dame en noir", fait roupiller. Non, vraiment, "Gentille" est un foirage complet, ce qui aurait dû être prévisible dès la lecture du scénario, vide, long et sans évolution narrative intéressante.
Il y a des navets qui méritent d'être vus, pas celui-là.

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# Posté le samedi 14 janvier 2006 13:55
Modifié le mardi 12 juin 2007 14:48